Bulletin de liaison n°8 de l’Amopa de la Drôme, septembre 1988

Paul-Jacques n’eut pas le privilège de se voir attribuer cette distinction que représentent les Palmes académiques, ni durant son activité ni après. Il l’eut très certainement méritée au regard de son engagement éducatif auprès des jeunes tant par la publication de ses romans que par celle des ouvrages scolaires de lecture suivie. Sans doute est-il parti trop tôt pour se les voir proposer. Preuve s’il en est que dix ans après sa disparition, l’Association des membres des Palmes académique, l’ AMOPA, de la Drôme, lui rendit hommage à l’occasion d’un concours pour la défense de la langue française. La commission était présidée par Roger Bruel, inspecteur honoraire, accompagné d’un professeur de lycée et de Madame Bonzon, veuve de l’écrivain et directrice d’école honoraire. Le bulletin de liaison n° 8 de septembre 1988 s’en fit l’écho au travers d’un article intitulé : « Paul-Jacques Bonzon, un homme, un écrivain, un instituteur ». Jacques Sarano, médecin et ami, y prononça une émouvante allocution.

Un collègue drômois, comme moi appartenant à l’honorable institution, m’avait fait le plaisir, en 2007, de me communiquer ce bulletin. Ce texte est peu connu. Aussi, il m’a semble intéressant que le site puisse rendre public cet hommage posthume en transcrivant intégralement les artilces publiés pages 31 et 32 du bulletin ainsi que l’allocution du Dr Sarano.

Yves Marion, 4 juin 2020.

DEFENSE ET ILLUSTRATION DE LA

LANGUE FRANCAISE

Hommage à Paut-Jacques Bonzon

L’AMOPA          vous rappelle

il y a dix ans

Dans quelques jours on pourra commémorer le 10ème anniversaire de la disparition de Paul-Jacques BONZON. Ce romancier spécialisé dans les ouvrages pour la jeunesse s’est en effet éteint à VALENCE le 24 Septembre 1978. Il fut pendant un tiers de siècle le plus important auteur dans sa spécialité les livres pour la jeunesse. Ces ouvrages témoignent d’un véritable travail d’orfèvre où, sous le masque de la désinvolture, se dissimule un artisan de la langue la plus classique.

Paul-Jacques BONZON naquit en NORMANDIE, à SAINTE MARIE DU MONT, le 31 Août 1908 ; après de solides études à l’Ecole Normale d’Instituteurs de SAINT LO il se consacra à l’enseignement ; c’est alors qu’il connut la DROME. Nommé instituteur, à CHABEUIL tout d’abord, il enseigna tour à tour à ST LAURENT EN ROYANS puis à la grande école Berthelot de VALENCE où il a formé de nombreux jeunes maîtres.

Après 1960, profitant de sa retraite, il se consacra entièrement à l’écriture de ses romans. Une centaine de volumes ont paru. La série commença avec « Loutsi, chien et ses jeunes maîtres » publié par BOURRELIER en 1945 et se termina avec « Pompon, le petit âne des tropiques » chez DELAGRAVE en 1980. Au catalogue de ce dernier éditeur c’est toute une gamme de livres de lecture en usage dans les écoles ce qui n’empêcha pas l’auteur de se consacrer parallèlement à des romans publiés chez HACHETTE où plus de 60 titres verront le jour : Huit millions d’exemplaires vendus en FRANCE, presque autant à l’étranger, sur tous les continents et, de ce fait, traduits en quinze langues. 

Paul-Jacques BONZON fut honoré par plusieurs prix littéraires : 2ème prix de la jeunesse en 53, prix Enfance du Monde en 55, prix du Salon de l’Enfance en 58, prix du Hérald Tribune, etc …

Dans son importante oeuvre la langue est toujours saine et drue, le style simple et direct. BONZON a su aussi éveiller la sympathie pour ses jeunes héros et rétablir les droits de la justice. Il restera pour la DROME qui lui servit de cadre pour la majeure partie de son oeuvre romanesque, le souvenir d’un homme qui sut manier la langue française avec autorité. Il a passionné les jeunes avec ses aventures, fruit d’une grande imagination et de beaucoup de vitalité. C’est tout un ensemble qui a ses qualités propres, son architecture, son style et ses actions forgées avec ses propres matériaux.

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L’an dernier la Section Drômoise de l’A.M.O.P.A. a lancé au niveau des Collèges et des Lycées un concours pour la Défense de la Langue Française. De nombreux élèves l’ont fait avec joie et plus de cinq mille francs de prix ont été attribués grâce à l’aide du Conseil Général, du Dauphiné Libéré et du Crédit Agricole.

Le concours scolaire pour l’encouragement à la lecture a été proposé aux 540 écoles primaires élémentaires du département avec le soutien de Madame l’Inspecteur d’Académie et des Inspecteurs Départementaux de l’Education Nationale.

La commission du concours, présidée par Roger BRUEL, Inspecteur Départemental honoraire, ayant à ses côtés Madame THEOCLISTE, Professeur honoraire de Lycée, et Madame BONZON Veuve de l’écrivain, directrice honoraire, composée en outre de plusieurs conseillers pédagogiques et directeurs d’école, s’est réunie au Lycée Loubet le 18 Mai pour examiner les travaux d’élèves.

Elle a attribué 19 prix collectifs et 9 prix individuels.

Ces travaux d’élèves ont étonné souvent les membres de la commission par leur qualité ; ils montrent que les enfants s’intéressent encore à la lecture, et qu’ils aiment retrouver P.J. BONZON, et comme l’exprimait notre président dans son allocution : « Ils le disent à Paul Jacques BONZON avec leur sourire d’enfants ».

Ce concours qui a débouché sur l’exposition organisée en collaboration avec la Médiathèque de VALENCE, était une illustration de notre section pour la défense de la Langue Française, mais aussi un hommage à P.J. BONZON, cet homme, cet instituteur, cet écrivain.

Nous y avons donné toute la publicité que nos moyens nous permettaient :

Dialogue à Radio Drôme, flash d’information, presse … et nous produisons ci-dessous quelques coupures de journaux tirées du Dauphiné Libéré, et de l’Impartial : vous y trouverez notamment, le Palmarès du concours, et aussi une biographie de l’auteur.

Enfin nous avons associé à notre manifestation la famille et les amis de P.J. BONZON, et nous donnons dans son intégralité l’allocution prononcée par le Docteur SARANO, gastro-entérologue, bien connu aussi pour son importante oeuvre philosophique.

Allocution de Jacques Sarano. 

Jacques Sarano, gastroentérologue à Valence, décédé en 2018, était le père de François Sarano, océanographe bien connu. Les lecteurs et spécialistes du romancier auront très certainement observé que Les six compagnons et les secret de la calanque, publié en 1969, est dédicacé à  « Elisabeth Sarano, en souvenir de vacances aux Issambres ». 

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Mesdames, Messieurs, Chers enfants,

D’autres que moi sont plus qualifiés pour analyser l’oeuvre considérable de Paul Jacques BONZON, traduite dans le monde entier.

Il revient à l’un de ses amis plus proches d’évoquer quelques traits personnels. C’est en organisant en 1961 une « Semaine des Créateurs » à l’Académie Drômoise dont il était un membre éminent, que nous avons fait connaissance et lié une amitié qui devait durer près de 20 ans, jusqu’à la fin …

Mes enfants aimaient ses livres. Mon fils se rappelle le thème qui, après un voyage aux ISSAMBRES, lui fut dédié. Il a même eu le privilège, avec son ami D., d’annoter un de ses manuscrits en première lecture.

Paul Jacques BONZON racontait volontiers comment l’autorité paternelle l’orienta vers l’enseignement, alors qu’il avait une fée dans la voix et une fée dans les doigts (combien de croquis lestes et d’aquarelles délicates nous sont restées …)

C’est (grâce à l’enseignement) le génie du conteur et de l’écrivain qui prévalut.

Il l’essaya pendant la guerre auprès de quelques élèves réfugiés séparés de leurs parents (« Loutsi le chien ») ; il put ainsi roder, affiner son outil au contact de ses futurs jeunes lecteurs.

Par la suite, combien de visites d’enfants et d’échanges épistolaires ! Vous (vos ainés) le harceliez de questions sur ses héros, qui ne vieillissaient pas après chaque aventure au long des livres et des années (La série des six compagnons).

Il a su trouver la langue et le style qui respectent, élèvent le jeune

lecteur, à telle enseigne que ses textes ont servi de modèle dans les écoles.

Il avait une grande sensibilité (des romans comme L’éventail de Séville, et d’autres, pour adultes, moins connus, nous émeuvent aux larmes). Il était lui-même sensible à l’extrême, vulnérable, derrière sa pipe et son sourire malicieux illuminé par quelque calembour pour nous détendre et nous amuser.

Il avait enfin le génie du « suspense », du policier pour enfants. L’histoire de son dernier manuscrit vaut d’être contée. Il était déjà gravement atteint, en Février 78, et nous venions de tenir le pari d’un voyage en EGYPTE, merveilleux pour nous quatre, très lourd pour lui, mais pari gagné !

Il voulut, comme il encavait l’habitude, en tirer un roman : « Le secret de la pyramide », et se mit à l’ouvrage.

Ce SECRET, il le gardait bien, il nous tenait en haleine, ayant tapé une bonne partie de son manuscrit.

Ses forces déclinaient, il s’obstinait, la frappe devenait incertaine, les dernières pages presque illisibles. Il s’arrêta, épuisé, quelques jours avant sa mort.

Sa femme et ses enfants, qui ont avec amour conservé et relu cette histoire, ont essayé en vain toutes les clés possibles et n’ont pas pu achever le roman, – percer « le secret de la pyramide ». Poignant exemple d’un SECRET qu’on emporte à jamais, et d’une vocation d’écrivain aux limites des forces humaines.

Tous ses amis gardons devant nous, comme s’il était là, présent, son sourire si jovial et son regard bleu.

Merci à vous qui avez organisé cette manifestation du souvenir si justifiée par la qualité et la-réputation de l’homme et de l’Oeuvre.

D. Jacques SARANO

22.6.88