Au cours de l’année 1956, durant trois mois et demi, Francs Jeux publia « Fan-Lo », un conte de Paul-Jacques Bonzon publié l’année précédente par les éditions S.U.D.E.L.

Paul-Jacques Bonzon que la mémoire collective enferme volontiers comme l’auteur des Six Compagnons[1], est, en réalité, un romancier à la palette riche en nuances montrant des capacités d’adaptation à des genres et styles aussi différents que variés.

Parmi les nombreux ouvrages, il en est un qui mérite une attention particulière. Il s’agit, selon l’auteur, d’une fantaisie qu’il dédie à son épouse : « A ma femme. Cette fantaisie sur de très petits poissons, assez proches, paraît-il, des humains. »

Fan-Lo, éditions SUDEL. Collection de l’auteur.

L’ouvrage est publié en 1955, chez S.U.D.EL., collection Havane. Illustré par Jean Trubert, il a pour titre : Fan-Lo ou Le petit poisson qui avait fait le tour du monde… et des hommes. Fan-Lo est un petit poisson curieux. Capturé dans le lac où il a vu le jour, il connaît tour à tour les parois étroites des aquariums et l’immensité des océans, la tristesse de la solitude et les joies de l’amitié, les honneurs et les dangers. Comme les deux enfants, Lena et Teddy, le lecteur suit avec intérêt les péripéties de ce tour du monde d’un petit poisson devenu aussi savant que sage. Cette fantaisie est en fait une fable d’où émerge une évidente philosophie révélatrice d’une profonde réflexion sur le monde des hommes. Les échanges entre Fan-Lo et « les petits d’homme » sont prétextes à des observations d’une réelle pertinence sur le monde des hommes et ses travers. La fable est l’occasion d’aborder les thèmes essentiels : l’éducation, le langage, l’expérience. Elle revêt également une fonction initiatique : les jeunes lecteurs sont invités, par identification aux jeunes héros, à vivre par procuration la quête d’indépendance de Fan-Lo avec son cortège de dangers. Le genre est connu. Il l’est depuis l’Antiquité avec des fabulistes célèbres, Esope, le Grec, ou Phèdre, le Latin, qui ont largement inspiré notre bon Jean de La Fontaine. C’est un genre toujours apprécié. Il n’est guère possible d’échapper à la comparaison de Fan-Lo, le petit poisson de Paul-Jacques Bonzon, avec le succès rencontré par un autre petit poisson porté à l’écran par les studios Walt Disney[2]. Les aventures de Nemo, en ce qu’elles poursuivent des objectifs identiques, ressemblent sur bien des points à celles contées par Fan-Lo. Tout comme d’ailleurs celles de Pierrot, le poisson-clown, créé en France par Franck Le Calvez[3].

Mais la Société universitaire d’édition et de librairie, S.U.D.E.L., créée en 1932, connue pour publier, en collaboration avec le Syndicat national des instituteurs, S.N.I., la « bible » des instituteurs, le fameux Code Soleil[4], édite également une revue à l’intention des jeunes publics. Francs Jeux dont le premier numéro a été publié le 1er juin 1946 est un bimensuel de seize pages au format 19 x 28,5 cm destiné aux jeunes garçons. La revue aura un temps une version filles puis absorbera Terre des jeunes avant de devenir Virgule, en septembre 1979. Le denier numéro paru portera la référence 747/748 à la date du 15 juin 1979. Dès 1953, Paul-Jacques Bonzon y apporta régulièrement ses contributions.

C’est ainsi que Fan-Lo paraîtra régulièrement dans Francs Jeux dans les numéros 244 à 251 du 15 juillet 1956 au 1er novembre 1956.

Francs jeux, 1956, collection de l’auteur.

Ce conte philosophique ne manquait pas d’intéresser le monde de l’enseignement primaire puisqu’on en retrouve des extraits dans de nombreux ouvrages scolaires de l’époque. Un extrait a même fait l’objet de la dictée proposée, en 1956, à l’examen d’entrée en sixième. Je m’en souviens, d’autant que je l’ai subie !

Aussi, pour nos amis internautes, provenant de mes collections personnelles, il a été décidé de publier régulièrement sur ce site, si possible au même rythme que Francs Jeux le proposait, deux pages avec illustrations dont une couleur, par quinzaine.

lecteurs, rendez-vous ici : cliquez

En cas de difficultés, vous pouvez nous contacter à l’adresse : apjbonzon@gmail.com.

Yves Marion, 15 juillet 2021

[1] Polianec, Christian, dir., Réception de la littérature de jeunesse par les jeunes. Paris, INRP, 2002, p.144

[2] Walt Disney Pictures, Le monde de Nemo, 2003 pour la version française ou bien sa suite : Le monde de Dory, des sociétés Pixtar animation Studios et Walt Disney Pictures, 2016.

[3] Le Calvez, Franck, Delpuech, Robin, Jagodzinski, Thierry, Pierrot le poisson-clown, Flaven Scene, coll. Poisson d’Avril, 57 p. 2003. (Merci à Janjac Leroy.d’avoir signalé cette ressemblance).

[4] Du nom de son auteur Joseph Soleil. Celui-ci, originaire du Puy-de-Dôme, membre du parti radical-socialiste, chef de bureau au ministère de l’Instruction publiques, était chargé des conférences de législation scolaire aux écoles normales supérieures de Fontenay et de Saint-Cloud, où étaient alors formés les professeurs des écoles normales . Il a participé à la rédaction du Code Soleil de la première édition jusqu’à son décès en 1961.

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