Yves Louis ancien professeur de lettres nous fait l’ honneur de partager une petite étude comparative entre une ancienne et une nouvelle édition des « Six Compagnons de la Croix Rousse

M. Christian BONZON, vice-Président des « Amis de P.-J. Bonzon », m’a confié la mission de comparer l’édition originale (1961) et l’édition la plus récente (2010) d’un roman pour la jeunesse écrit par P.-J. BONZON, afin de repérer d’éventuelles transformations visant à le moderniser au risque de le dénaturer.
Une constatation s’impose : le titre de la jaquette « Les COMPAGNONS DE LA CROIX-ROUSSE » est devenu, dans ‘les Classiques de la rose’, « LES SIX COMPAGNONS DE LA CROIX-ROUSSE ».
Pour éviter la confusion avec l’organisation ouvrière ?
On pourrait croire qu’en cinquante ans notre environnement, technologique en particulier, ayant beaucoup changé, l’éditeur serait tenté d’adapter la version primitive. Il a su résister à la tentation…Ainsi le père de Tidou n’a ni fixe ni mobile, et téléphone du « café le plus proche ».
Mais on aperçoit des lampes de poche, patins à roulettes, mobylette, talkies-walkies, sans rapport avec le récit et sous forme de vignettes, en particulier en tête de chapitre (On peut regretter les gravures de l’édition originale.)
Principale discordance relevée, à la dernière page : les journalistes viennent photographier les jeunes héros : « Attention ! ..Un éclair ! un second ! un troisième », ce qui devient : « « Un flash ! un deuxième ! un troisième ! » dans l’édition 2010. Le remplacement de ‘second’ par ‘deuxième’ corrige une impropriété, aux yeux des puristes ; celui déclair par flash ne choque pas, mais peut-être détone.
Pour le reste, pas de dissonance, et l’histoire ne semble pas vraiment dater ; elle est comme intemporelle, de même que le cadre lyonnais est évoqué sans recherche de pittoresque.

Édition 1961Édition 2010
-Qu'en fait-on ?
-Et après, on en fait quoi ?
...La locataire en villégiature sur la C. d’azur...
...en vacances...
Il faut d'abord aller se rendre compte...aller voir
La concierge s’emportaLa gardienne se mit en colère
encoignurerenfoncement
Ces pauvres bêtes maigres et efflanquées......maigres et hirsutes
Alors que les agents...Tandis que les agents...
Ils ne vont pas nous avaler......nous manger...
Leur uniforme m'en imposai!
...m'intimidait
On va mettre la police en branle pour 1 simple chienOn va mobiliser toute la police de Lyon pour une simple affaire de chien
Déguerpissez !Filez !
Un agent cyclisteUn policier à vélo

 

 

On constate le rejet de la tournure interrogative correcte au profit du parler d’aujourd’hui, du registre soutenu : villégiature, encoignure, efflanquées… en faveur du niveau de langue commun (vacances, voir….}. Mais pourquoi ‘ se mettre en colère’ et non ‘s’emporta’, ‘manger ‘ et non ‘avaler’, ‘tandis que ‘ pour ‘alors que’ ?!
La substitution de’ gardienne’ à ‘concierge’ est, elle, défendable au nom de la modernité.
Outre le souci d’actualiser une langue qui évolue vite, il y a sans doute aussi le désir de rapprocher ce roman du jeune public auquel il est destiné.

Yves Louis

Article provenant de l’ancien site internet

et, id Nullam tempus risus. eleifend consectetur ipsum vulputate,