Qui n’a jamais rêvé de rencontrer ses héros préférés ? Les Six Compagnons sont si vrais qu’on les imaginerait bien héros de chair et de sang plutôt que d’encre et de papier. Mais qu’en est-il des lieux où ils habitent, si précisément nommés ? Paul-Jacques Bonzon n’avait-il pas l’habitude de travailler avec des plans de villes et d’en inclure parfois dans ses romans ?

Une édition anglaise des « Six Compagnons et le piano à queue » en français langue étrangère (simplified and adapted by Eric Astington, G.Bell & sons LTD (London) 1966) pourrait bien nous aider dans cette recherche. Elle comporte en effet un élément inédit dans les éditions françaises : une carte de Lyon !

Les six compagnons et le piano à queue

Edition G.Bell & sons LTD

Bien sûr, l’éditeur Eric Astington précise: « A map of Lyon has been provided to show the location of places mentioned in the text. The street names in inverted commas on this map are fictional » : Une carte de Lyon a été fournie pour montrer la localisation des lieux mentionnés dans le texte. Les noms de rue entre guillemets sur cette carte sont fictifs.

La consultation de l’index des noms anciens et actuels des voies et rues lyonnaises1 ne révèle aucune rue des Hautes-Buttes, rue de la Petite Lune, d’une Rampe des Pirates ou d’un Toit aux Canuts.

Peut-être qu’en comparant cette carte anglaise avec un plan ancien de la Croix-Rousse, parviendrions-nous alors à situer les lieux d’habitation de nos héros ?

Les archives municipales de Lyon possèdent un tableau d’assemblage des plans parcellaires (1861-1983)2. Lorsque l’on compare la carte anglaise de Lyon avec le plan français de la Croix Rousse, on peut se repérer aisément :

 

Plan de situation
Détail du tableau d'assemblage des plans de Lyon

Détail du tableau d’assemblage des plans de Lyon

La montée des Esses (rond rouge) se situe sur la gauche de nos cartes. La Montée de la Grande Côte (courbe verte) est tracée verticalement sur la droite de nos cartes.

A partir de ces deux repères, on peut imaginer que la rue des Hautes-Buttes (rond jaune), où habite Mady, n’est autre que la rue Vaucanson. On sait par les aventures des Six Compagnons qu’elle habite près du funiculaire de la Croix-Paquet, dit « la Ficelle ». La coïncidence entre la rue Vaucanson et la Ficelle est confirmée par Wikipedia : « La ligne naissait dans le jardin de la place de Croix-Paquet et se finissait à l’angle du boulevard de la Croix-Rousse et de la rue Vaucanson et à l’est de la place de la Croix-Rousse et de la gare du funiculaire de la rue Terme via un tunnel de 338 mètres de long construit en diagonale passant quasiment sous l’église »1.

La Rampe des Pirates (rond jaune en-dessous), où se réunissent les Six Compagnons, se situerait près de la rue du Général Sève. Etonnamment, et c’est là la seule incohérence de cette carte anglaise, le Toit aux Canuts (rond bleu), là où est située la Rampe des Pirates dans les romans, se tiendrait rue de Vauzelles.

La rue de la Petite Lune (rond bleu), où habite Tidou, se situerait en-dessous, dans le prolongement de la Montée de Vauzelles. Cette montée étant en escaliers, je situerais plutôt la rue de la Petite Lune à ses pieds, rue du Bon Pasteur car elle monte en travers, à flanc de colline, vers l’est et est un peu tordue.2

Il est amusant de constater que la carte anglaise ne mentionne pas le Gros Caillou, lieu emblématique de la Croix-Rousse et fondateur des Six Compagnons. En revanche, les lecteurs attentifs de ce billet auront remarqué, non loin de la rue de la Petite Lune, la présence de l’Ecole Normale d’Institutrices. C’est là qu’en juin 2016 se tint le premier colloque consacré à Paul-Jacques Bonzon.3

Cédric ALLEGRET